Nous sommes deux riders, au sommet d’une face exposée en Suisse. Il est midi, nous avons entendu des avalanches partir de manière naturelle partout autour de nous.
Un copain m’appelle, il est à 20km à vol d’oiseau, sur un versant Italien. Son cadreur vient de se faire embarquer par une avalanche sur 800 mètres.
On sent la neige se transformer. La tension au sein du groupe est palpable mais on y prête trop peu d’attention.
Les caméramans sont en place.
C’est à moi de partir en rider numéro 1, sur cette face qui pue littéralement la mort.
J’ai peur et je refuse de m’y engager.
Je dis donc à mon copain que je refuse de partir premier, et refuse même de descendre en second. C’est trop dangereux, j’ai la boule au ventre, ça sent la mort à plein nez.
On s’engueule avec mon ami. Lui veut dropper, moi non. Après deux minutes de négociations je lui dis « tu fais bien ce que tu veux, mais moi, je n’irai pas ». Dans la discussion j’ai déjà ouvert ma veste et mon DVA est en mains.
Je lui assure que ça va partir, alors nous élaborons un plan B. Si ça décroche, il doit se barrer tout de suite à droite et il devrait être safe…
3, 2, 1… Il droppe. Fait deux virages, et là, la face part. L’avalanche lui court au cul et je suis terrifié pour lui…
Au moment où il doit partir à droite pour être sur la zone hors de danger, il repique à gauche. Trop vite. Il skie trop vite, puis chute. L’avalanche l’embarque…
Il en ressortira 300 mètres plus bas, avec une simple blessure aux genoux. Je n’ai jamais skié aussi vite de ma vie ! Je skiais au cul de l’avalanche pour rattraper le point où il avait été englouti.
J’ai eu peur de partir en premier, peur de m’emporter devant lui en lui interdisant de partir, j’ai eu peur qu’il meure sous mes yeux.
Voilà comment en 5 minutes, une vie entière peut basculer.
Aujourd’hui, la seule peur que je retiens, c’est d’avoir peur d’être à nouveau aussi con.